vendredi 31 octobre 2008

Chapitre I - FFA (suite 2)



Ci-contre, Louis GREMION en tenue de dragon, à l'entrainement, date estimée entre 1904 et 1914.

Extrait du journal de guerre de Louis GREMION (suite)

Quand les reverrai-je ? Nul ne peut le dire , mais nous avons le ferme espoir que cette fois-ci l'ennemi sera écrasé. La lutte se présente dans d'autres conditions qu'en 1870, heureusement pour nous. Je ne suis pas monté, je n'ai pas de cheval, je serai chef du détachement des hommes haut le pied.
Enfin à 5 heures le détachement part. En tête notre officier, le sous lieutenant Casalta, ensuite moi avec mon détachement, puis le camarade Brauge sur son bel alezan, conduisant nos 12 voitures, et en serre file, le Maréchal des Logis fourrier, Longpré.
Nous arrivons dans la cour du 2ème régiment de cuirassiers où les voitures sont alignées et dételées, et nous rentrons au quartier avec les chevaux. Nous sommes libres et je vais diner en ville avec les camarades de Vauban ; je couche à l'hôtel.

samedi 4 octobre 2008

Chapitre I - FFA (suite 1)


Ci-contre : Photo de Louis GREMION en tenue de dragon, le grade est vraisemblablement celui de Maréchal des Logis. Son livret militaire indique qu'il fit son service au 7 ème régiment de Dragons à compter du 16 novembre 1904 et fut promu à ce grade en tant que réserviste le 11 octobre 1912.

Extrait du journal de guerre de Louis GREMION, suite

De retour au quartier, je vais me faire habiller. On me donne une veste neuve d'artillerie et un manteau neuf, mais il n'y a pas une culotte propre et les képis sont tous trop grands. Je garderai donc mon képi fantaisie et ma culotte achetée 3 fr. au Temple, et je ferai changer les boutons de ma veste. On me donne aussi une cravate, un caleçon une gamelle, une cuiller, un bidon avec son quart et une musette. Avec un peu de linge m'appartenant, c'est là tout mon bagage. Je suis armé d'un révolver; il n'y a plus de sabres; d'ailleurs personne n'a de sabre au 19è cambouis sauf les officiers.
Vers deux heures le planton m'annonce une visite à la porte du quartier. J'y cours et je vois là ma chère Petite femme, ma petite Jenny, qui sur mon coup de téléphone a couru prévenir Papa et Maman et qui vient me dire au revoir avec eux. Elle m'apporte une veste kaki. On cause un instant un peu émus, on s'embrasse, on se serre les mains et je rentre au quartier pendant qu'ils s'éloignent. C'est la dernière fois que je les vois avant le départ pour la grande guerre.

Baden Baden 1980

Quand on est môme, la première rencontre avec une langue étrangère a le goût du bizarre : c'est quoi ce truc ? Mais je fus tout de suite conquis par la sensation de vivre "à l'étranger" : c'est nous qui le sommes devenu et c'est extraordinaire :
très vite, j'ai eu le sentiment d'être un privilégié ! Quelle chance de vivre une expérience originale ! Et puis, j'apprendrai cette langue, comme ma mère... Chic !
...Et je rencontrai un système franco-français d'apprentissage qui, à défaut de me faire aimer tout de suite le "deutsche Sprache" (langue allemande) et de me rendre acteur de cet apprentissage, éveilla mon sens critique... Comme quoi il y a du bon en toute chose...

Châlons en Champagne, actuellement

Je suis plus germanophile que jamais ! Mais qu'est-ce donc que ce mot bizarre et si peu naturel qu'on pourrait le croire d'inspiration... gothique !? Hormis le fait que je n'ai jamais eu de petite amie allemande, c'est le fait que je me sente chez moi en Allemagne. Je ne parle que très peu la langue de Goethe, à mon grand regret d'ailleurs, mais lorsque je suis dans ce pays, les sonorités qui se dégagent de l'appareil vocal des personnes à proximité me sont vraiment familières. C'est probablement l'enfance et l'adolescence qui resurgit et la patine du temps marque suffisamment mon cerveau pour bonifier tous ces souvenirs. Aujourd'hui encore je me surprends parfois à penser en allemand des phrases simples de la vie courante ou à vouloir traduire ma pensée française en germain. Je chemine doucement sur la voie de la "germanophonie" et espère bien pouvoir penser naturellement en deux langues un jour.
Que voulez-vous, j'ai habité 13 villes durant ma courte existence et je dois dire que je m'identifie à 3 cités de ce petit palmarès.La première est Lons-le-Saunier, ville de ma naissance, la deuxième est Rennes, ville de mon enfance et la troisième est Berlin : j'y ai eu mon bachot à une époque où le mur entourait la partie occidentale de la ville. Mes parent y habitèrent à nouveau il n'y a pas très longtemps et depuis 2002, je puis vous dire que si l'on me demande d'où je suis, c'est spontanément la capitale allemande qui me vient à l'esprit !
C'est physique, je n'ai jamais ressenti pareil attachement pour un lieu : penser "Berlin" me fait toujours vibrer, un frisson me saisit à la nuque pour m'entourer le visage jusqu'au front et descendre le long de la colonne vertébrale pour aboutir jusqu'aux mains et aux genou. Les larmes me montent aux yeux et une foultitudes de sentiments mâtinés de nostalgie m'envahit. J'adore ce réflexe pavlovien !