dimanche 21 septembre 2008

Chapitre I, FFA ou Forces Françaises en Allemagne

Ci-contre : aquarelle du clocher de Roucy, Aisne, mai 1916, Louis GREMION

Extrait du Journal de guerre du Maréchal des Logis de réserve Louis GREMION, mobilisé le 2 août 1914, arrivé au 19ème escadron du train ledit jour,Paris.
(Il est clerc de notaire et musicien de cinéma dans le civil)

24 Août 1914
J'avais couché à l'hôtel de l'avenue Lowendal, en face du dépôt de Vauban; à six heures du matin, comme je sortais, un automobiliste, Magisson, vient me chercher de la part de l'adjudant Simoni qui me fait appeler au quartier. Là, Simoni me prévient qu'une formation se prépare et que le soir même à cinq heures nous embarquerons à la Villette pour une destination inconnue. Je suis joyeux de partir. Immédiatement Simoni me commande de chercher au parc 12 voitures légères à quatre roues et à deux chevaux, mais je peux seulement à grand peine en réunir trois. Alors il en envoie chercher une quarantaine dans un dépôt. Puis il nous faut trouver 24 chevaux et leurs harnachements. On finit par les trouver et je sors au restaurant pour déjeuner avec mes amis habituels, les sous-officiers John, Cardinet et Garrigou, les brigadiers Gambier, Galut et Maillard. J'en profite pour téléphoner à Jenny (ndla : mon arrière grand-mère) que je pars le soir à 5 heures et que je ne pourrai pas diner avec elle.

Baden Baden, été 1980

J'ai bientôt dix ans et mes souvenirs sont assez nets. On habitait Rennes depuis six ans, papa militaire et maman bossant pour la Défense nous avaient associés, de manière habile, aux choix des mutations. La nouvelle était tombée : nous irions en Allemagne à Baden Baden, le premier choix effectué par mes parents. Ils semblaient heureux, je l'étais donc aussi, curieux de ce qui nous attendrait.
Maman avait fait des études d'allemand et était déjà allée dans sa jeunesse dans ce Pays où elle y gardait des souvenirs agréables. Nous avions fait une première visite avant de nous installer et l'endroit semblait plutôt cool. On habiterait dans une cité nommée "Normandie" et irait à l'école du même nom. Dans cette cité il n'y avait quasiment que des français et sur le côté, des immeubles pour les allemands qui travaillaient pour l'armée. On serait des "FFA"... Le truc super où on avait notre carte d'identité FFA : bleue ciel barrée au coin supérieur gauche des couleurs du drapeau français... woaw ! De quoi se prendre pour un policier : la classe cette carte ! Ils s'appellent comment les civils en uniformes ? Les Gardiens de la Paix ? beau nom, non ?
Mais c'est vrai que déjà j'avais repéré qu'on avait reconstitué un petit bout de France, en marge de nos hôtes, tiens...pourquoi?

Châlons-en-champagne, le 21 septembre 2008

Tous les jours, en me rendant à mon travail, je passe à côté de la maison de Léon BOURGEOIS, et devant son buste. Ce diplomate français participa aux travaux d'édification de la Société des Nations à la fin de la guerre et en fut le premier Président. Il eut le prix Nobel de la Paix en 1920 pour sa volonté de réguler les relations entre états. Déjà un signe de la nécessité d'un rapprochement franco-allemand dans l'entre-deux guerre ?

samedi 20 septembre 2008

Prologue, Nos frères allemands

Ci contre : Aquarelle de la Cathédrale de Reims, après un bombardement, en avril 1916, dédicadé 'A ma femme" par Louis GREMION

L'Histoire me semble parfois jouer d'heureux tours aux humains.
D'aussi loin que j'ai pu remonter, un de mes arrières grand père maternels, Louis GREMION, participa à Verdun, fut gazé et en mourut quelques années plus tard...

Est-ce cette succession de luttes qui rapprocha par la suite nos deux peuples ? A vrai dire, je n'en sais rien. Son gendre fut prisonnier de guerre dans le Nord de l'Allemagne de l'Ouest tandis que mon grand père paternel fut pris sur la ligne Maginot et interné au Stalag de Görlitz. Il fut libéré par les russes et emmené sur les bords de la Mer Noire pendant un an, avant de rejoindre la France par l'entremise de l'armée Américaine.

Deux grand hommes et leurs équipes ont tout changé dans nos rapports avec les allemands ; Charles de Gaulle & Konrad Adenauer. Ils ont su transcender nos cicatrices et nos différends, transformer une occupation militaire de l'Allemagne en coopération, certes aidée par la guerre froide, et favoriser les échanges franco-allemands.

C'est ainsi, je suppose que ma mère s'est retrouvée dans des programmes d'échanges franco-allemands et que le bon virus de la germanophilie s'est insinué en moi. Mes premiers souvenirs personnels me font penser à Helmut Schmidt dont j'entendais le nom aux informations. J'éprouvai un véritable amusement en me mettant son prénom en bouche, si exotique pour un francophone unilingue... Et puis à 9 ans Nos parents nous ont indiqué que nous allions habiter en Allemagne dans une ville du nom de Baden Baden...